Épandage par drone et agriculture de précision en Suisse romande :

où en est-on vraiment ?

400 000 drones agricoles DJI sont en service dans le monde

1. Ce que disent les chiffres à l’échelle mondiale

En 2024, on estime qu’environ 400 000 drones agricoles DJI sont en service dans le monde, opérés par autant de pilotes, sur plus de 300 types de cultures dans une centaine de pays.

Selon le rapport 2025 de DJI Agriculture, ces drones auraient déjà permis d’économiser environ 222 millions de tonnes d’eau et de réduire de 30,87 millions de tonnes les émissions de CO₂, en remplaçant des engins plus lourds et en réduisant les volumes pulvérisés. DJI Official+2PR Newswire+2
Quelques cas d’étude issus de ce même rapport donnent des ordres de grandeur utiles pour se projeter en Suisse romande :
  • Sur maïs, l’usage du drone permet d’éviter les dégâts de roues du tracteur (≈5 % de pertes de rendement), de réduire de 25 % la quantité de produits utilisée, d’économiser ~95 % d’eau (10–20 L/ha vs 400–500 L/ha) et ~93 % de carburant.
  • Sur tournesol, un essai au Kazakhstan montre un gain total d’environ 14 000 USD sur 389 ha, grâce à une humidité des graines plus basse, moins de dessiccant et un raccourcissement de la fenêtre avant récolte.
  • Dans un vignoble de pente en Roumanie, le passage du tracteur au drone Agras T50 a divisé par deux les volumes de produits (≈242 L → ≈112 L), raccourci le travail de 3–4 jours à 2,5 h et réduit le coût de main-d’œuvre de 320 à 80 EUR. 
Ces chiffres ne sont pas du marketing : ils viennent d’essais comparatifs documentés dans le “Agricultural Drone Industry Insight Report” 2025 de DJI.

2. Pourquoi la Suisse romande est un terrain privilégié

La Suisse compte un peu plus de 47 000 exploitations agricoles pour environ 1,04 million d’hectares de surface agricole utile (SAU), avec une tendance à moins d’exploitations mais plus grandes.agrarbericht.ch+2RTS+2
La SAU se compose majoritairement de prairies permanentes et temporaires, avec environ 2 % de cultures pérennes (vergers, vignes).eagff.ch+1
Pour la Suisse romande, cela se traduit par :
  • une forte densité viticole (Lavaux, La Côte, Valais, Neuchâtel, région de Bienne) souvent en pente ou en terrasses ;
  • des prairies et pâturages alpins difficiles d’accès ;
  • des grandes cultures (colza, maïs, pommes de terre) sur des sols parfois lourds et détrempés ;
  • une main-d’œuvre chère et une pression environnementale élevée.
Toutes ces caractéristiques jouent en faveur de l’épandage par drone, particulièrement là où le tracteur ou l’hélicoptère atteignent leurs limites (portance du sol, pente, dérive, coûts).

3. Épandage par drone : la brique centrale de l’agriculture de précision

3.1 Ce que permet l’épandage par drone
L’épandage par drone ne consiste pas seulement à “remplacer un tracteur par un drone”. Les essais synthétisés dans le rapport DJI montrent des avantages récurrents :
  • Moins de dégâts mécaniques sur les cultures : absence de traces de roues, pas de tassement dans les passages, ce qui peut représenter plusieurs points de rendement gagnés.
  • Moins d’intrants : souvent autour de 25 % de produits en moins, pour une efficacité égale ou supérieure, grâce à une meilleure couverture et une plage météo mieux exploitée.
  • Beaucoup moins d’eau : typiquement 10–20 L/ha contre 400–500 L/ha pour un pulvérisateur au sol.
  • Moins de carburant et de main-d’œuvre : consommation et temps de travail divisés, et possibilité d’intervenir rapidement après une pluie, là où les engins au sol doivent attendre que la parcelle ressuyée.
Dans le cas du tournesol, par exemple, l’usage du drone permet une récolte 5 à 10 jours plus tôt, à une humidité de 10–11 %, tout en réduisant le volume de produits de 25 % sur 1 000 ha.
3.2 Comment cela se traduit en Suisse romande
Depuis 2019, Drone Précision Suisse met en œuvre ce type de logiques dans plusieurs contextes :
  • Vignobles de pente (Lavaux, Valais, Neuchâtel, région de Bienne) : traitements fongicides et foliaires sur des terrasses ou fortes pentes, y compris après pluie, là où le tracteur est trop risqué ou impossible.
  • Sols détrempés (pommes de terre, pépinières de vignes, parcelles lourdes) : interventions sans recompactage, là où un passage d’engin ruinerait la structure du sol.
  • Colza et autres grandes cultures : passages ciblés aux stades critiques, avec un accès facilité en conditions limites.
  • Arbres fruitiers : traitements sur vergers hautes tiges ou zones à accès compliqué.
  • Pâturages alpins : interventions sur des plantes problématiques comme le vératre, dans des zones impossibles à traiter au tracteur.
  • Berges du Rhône : désinsectisation ciblée, en respectant les contraintes de dérive et les zones sensibles.
  • Épandage d’anti-limaces : en cours d’étude, avec un intérêt évident dans les parcelles à forte pression limaces et sols lourds.
L’expérience montre que le drone prend tout son sens lorsque la logique de parcelle (pente, portance, sensibilité environnementale) devient plus contraignante que la simple superficie.
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4. Voir et analyser : le rôle des drones RGB et multispectraux

L’épandage de précision suppose d’abord de savoir intervenir. C’est là que les capteurs RGB et multispectraux jouent un rôle clé.
  • Les caméras RGB produisent des orthophotos de haute résolution qui révèlent les hétérogénéités visibles : manques de plants, dégâts de ruissellement, zones asphyxiées, traces d’engins.
  • Les capteurs multispectraux permettent de calculer des indices de végétation (NDVI, NDRE, etc.) qui mettent en évidence les différences de vigueur, de stress hydrique ou d’attaque, parfois avant qu’elles ne soient visibles à l’œil.
Sur une vigne en terrasses, un champ de colza ou un pâturage alpin, ces cartes servent à :
  • délimiter des zones d’intervention pour le drone d’épandage (doses modulées, passages supplémentaires, zones à exclure) ;
  • prioriser les visites terrain des conseillers ou techniciens ;
  • documenter les effets d’un changement de pratique (réduction d’intrants, nouveau produit, nouvelle variété) sur plusieurs années.
Ce couplage imagerie → analyse → épandage ciblé est la colonne vertébrale de l’agriculture de précision par drone.

5. Un cadre réglementaire strict, mais structuré

Contrairement à d’autres régions du monde, l’application aérienne de produits phytosanitaires est globalement interdite en Europe, sauf dérogations et scénarios très encadrés. Knoell
La Suisse fait figure d’exception pionnière :
  • Elle a été le premier pays européen à autoriser les traitements phytosanitaires par drone, dans un cadre d’essais puis d’applications régulières. PubMed+2SWI swissinfo.ch+2
  • Toute pulvérisation de liquides par un drone (PPP, engrais, biocides, organismes, eau) est soumise à autorisation préalable de l’OFAC, avec des exigences spécifiques selon la substance et l’usage. bazl.admin.ch+1
  • L’EASA a formalisé un scénario type PDRA-S01, qui sert de base pour de nombreuses autorisations en Europe et en Suisse pour les opérations d’épandage en catégorie spécifique.EASA+4EASA+4EASA+4
En pratique, cela implique pour les exploitants et prestataires :
  • des exigences fortes sur la limitation de la dérive (vitesses de vent admissibles, taille des gouttelettes, hauteurs de vol, bandes tampons) – sujet sur lequel DJI a mené des campagnes complètes de tests de dérive entre 2021 et 2024 ;
  • la nécessité d’utiliser des drones et buses certifiés pour des produits explicitement autorisés en application par drone ;bazl.admin.ch
  • des procédures d’analyse de risque, de planification de mission, de contrôle des zones au sol et de traçabilité post-vol.
Pour un agriculteur ou un futur prestataire, ce cadre peut paraître complexe, mais il a un avantage : il donne une structure claire pour développer l’activité sans improvisation.
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6. Pour les agriculteurs et viticulteurs : opportunités et limites

Opportunités :
  • Accéder à des traitements là où les solutions classiques sont limitées (pentes, sols détrempés, petites parcelles morcelées).
  • Réduire les volumes d’eau et de produits, donc les coûts et l’empreinte environnementale.
  • Limiter le tassement des sols et les dégâts mécaniques sur les cultures.
  • Sécuriser le travail en limitant l’exposition directe aux produits et les manœuvres dangereuses en pente ou en bordure de talus.
  • Documenter visuellement et quantitativement les interventions (utile pour la traçabilité, les labels, les assurances).
Limites et points de vigilance :
  • Toutes les substances ne sont pas encore homologuées par drone ; certaines applications restent interdites ou très encadrées.
  • La fenêtre météo reste un facteur clé : dérive, inversion thermique, orages.
  • L’économie dépend de la combinaison surface / complexité : une très petite parcelle isolée n’a pas la même pertinence qu’un programme multi-parcelles bien planifié.
  • La qualité dépend du sérieux du prestataire (cadre OFAC, procédures, maintenance, assurance) : il ne s’agit pas seulement de “faire voler un drone”.

7. Pour ceux qui veulent se lancer comme prestataire : un vrai métier

Se lancer dans l’épandage par drone, ce n’est pas acheter un Agras et faire des vidéos. C’est un métier complet qui combine :
  • Pilotage et maîtrise des scénarios opérationnels (catégorie spécifique, PDRA-S01, STS, SORA, zones contrôlées au sol, etc.).
  • Connaissance minimale de l’agronomie : cultures, stades, produits, risques agronomiques.
  • Compréhension du cadre OFAC / EASA et des exigences sur les produits (PPP, biocides, engrais, eau).
  • Capacité à gérer une relation client B2B exigeante : viticulteurs, grandes exploitations, coopératives, communes, etc.
  • Organisation, maintenance, logistique, planning saisonnier, assurance.
Les chiffres du rapport DJI montrent que ce marché se structure partout dans le monde, avec une standardisation de la formation des pilotes et un afflux de jeunes et de femmes dans ce secteur.

8. Comment Drone Précision Suisse peut aider (sans remplacer la réflexion de chacun)

Drone Précision Suisse a développé depuis 2019 un savoir-faire spécifique sur l’épandage par drone en Suisse romande, avec une double casquette :
  • Opérateur : missions d’épandage sur vignes, grandes cultures, pépinières, pâturages alpins, berges du Rhône, dans le cadre des autorisations OFAC en vigueur.
  • Centre de compétences : formation de télépilotes (catégorie spécifique, scénarios STS/PDRA), accompagnement réglementaire, construction de modèles économiques pour ceux qui souhaitent intégrer le drone dans leur activité.
Pour un agriculteur/viticulteur, cela peut prendre la forme d’une mission ponctuelle ou d’un programme multi-annuel combinant imagerie et épandage.
Pour un futur prestataire, cela peut aller d’une journée de cadrage stratégique à un accompagnement plus complet (formation, MANEX, mise en conformité, structuration d’offre).
L’objectif n’est pas d’imposer une solution unique, mais de mettre à disposition une expérience terrain et un cadre opérationnel éprouvé pour que chacun puisse décider, en connaissance de cause, si et comment le drone d’épandage a sa place dans son système de production ou son futur métier.

FAQ : Questions fréquentes sur l’épandage par drone en Suisse romande

Oui, à condition de l’utiliser dans les bons contextes. Sur des vignes de pente, des sols détrempés (pommes de terre, pépinières de vignes) ou des parcelles morcelées, le drone évite les dégâts de roues, le tassement et certains déplacements coûteux. Les retours d’essais montrent en général moins de produits, beaucoup moins d’eau et de carburant consommés, avec une efficacité comparable voire meilleure. L’enjeu, pour chaque exploitation, est de comparer ces gains aux coûts du prestataire ou de la flotte interne sur une saison complète.
Non. Tout ce qui est pulvérisé par drone (PPP, engrais, biocides, organismes, même de l’eau) est strictement encadré par l’OFAC et par les autorités compétentes (OFAG, OFEV, OFSP, cantons). Certains produits sont autorisés via des protocoles précis, d’autres ne le sont pas encore, et certains ne le seront probablement jamais en application aérienne. Avant toute campagne, il faut vérifier : le statut du produit, les conditions d’emploi, les distances de sécurité, les zones tampons, et s’assurer que le scénario d’opération (PDRA-S01 ou autre) couvre bien la mission envisagée.
Il n’y a pas de seuil magique en hectares. Sur de très grandes surfaces homogènes et faciles d’accès, le tracteur reste souvent compétitif. Le drone devient particulièrement pertinent dès que la complexité augmente : pentes, terrasses, sols lourds qui se détrempent, parcelles morcelées, zones sensibles à contourner, ou besoin d’intervenir très rapidement dans une fenêtre météo courte. Dans la pratique, ce sont souvent des programmes multi-parcelles (vignes + cultures + prairies) sur une saison qui font ressortir l’intérêt, plus qu’une seule petite parcelle isolée.
C’est possible, mais ce n’est ni un simple achat de matériel, ni un “bricolage” toléré. Il faut : être dans la bonne catégorie opérationnelle (spécifique), respecter les scénarios applicables (PDRA-S01 ou autre), disposer de pilotes formés et qualifiés, mettre en place une organisation (MANEX, procédures, check-lists, maintenance, assurances) et rester en permanence à jour sur le statut des produits et des autorisations. Pour certaines exploitations, le modèle “prestataire externe sérieux + imagerie partagée” reste plus réaliste que l’intégration complète du drone d’épandage en interne.
La première étape n’est pas l’achat d’un Agras, mais la compréhension du cadre : catégorie spécifique, PDRA-S01, exigences OFAC, produits autorisés, zones contrôlées au sol, gestion de la dérive. Ensuite vient l’agrément opérationnel (MANEX, procédures, assurance, gestion des risques) et seulement après, l’investissement dans la plateforme et les capteurs. Le volet agronomique est tout aussi important : cultures, stades, contraintes pratiques des viticulteurs ou agriculteurs. DPS peut intervenir à trois niveaux différents : clarification réglementaire, structuration de l’organisation (MANEX, check-lists, SOP) et formation pratique à l’épandage, pour que le projet soit viable techniquement, économiquement et juridiquement.

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Thierry Coffinet

Associé et responsable sécurité et développement stratégique Drone Précision Suisse

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Zanolari Davy

Gestionnaire de flotte et télépilote

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